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Le journal du grand Maître de thé
Sôjitsu Kobori, treizième Maître de l’Ecole Enshû
Sadô Au delà de
l’accomplissement Avec
l’arrivée du mois d’octobre, la fraîcheur commence à s’installer au Japon. Chez
moi, les ‘suzumushis’ (grillon dont le chant évoque le grelot) dont quelqu’un
m’avait fait cadeau à la mi-septembre chantaient jusqu’à récemment. Le
développement récent des moyens de transport permet d’envoyer par courrier non
seulement des denrées alimentaires, mais aussi de petits animaux comme des insectes.
Parmi les ‘cadeaux animaux’ qu’on m’a envoyés cette année, j’identifiais
notamment, en plus des ‘suzumushis’, la présence d’écrevisses, de rhinocéros
(comme insectes) ou de lucioles. Plus étonnant est que ces petits animaux
étaient soigneusement disposés dans une boître de plastique avec de la terre et
des cailloux. Je
me souviens d’une journée que ma famille a passée dans la préfecture de
Hiroshima lorsque j’étais petit et où je m’amusais à attraper des crabes sur la
plage de Kure. Mon père a mis ces crabes dans une boîte vide dont l’usage était
destiné à contenir des gateaux. En le faisant, il y a disposé des fougères et
les a mouillées. C’est ainsi que le souvenir a été remporté. Lorsque je compare
ce travail artisanal avec la méthode sofistiquée de paquetage d’aujourd’hui, je
me dit que le progrès enregistré est énorme. Mais je me demande parfois si tous
les produits pratiques proposés aux consommateurs, -genre « solution
facile »- sont réellement bénéfiques pour l’humanité. Alors
que l’on commence à avoir la nostalgie de la fièvre provoquée par les Jeux
olympiques et que la question de regroupements d’équipes japonaises de
base-ball fait verser de l’encre, une grande nouvelle sportive vient à nous
enthousiasmer : le base-balleur japonais Ichiro de l’équipe américaine
« Seattle Mariners » a enregistré 262 bons coups par an avec son
bâton, battant le record mondial. On ne saurrait mesurer la somme d’effort
qu’il a dû déployer pour venir à bout de toutes les difficultés d’ordre
technique, physique et moral. Nous ne pouvons que rester admiratifs devant
cette grande figure sportive qui va exploit sur exploit comme si de rien
n’était. Chaque
fois que j’entends son interview, j’apprécie les propos qu’il tient. Par
exemple, à la fin de sa première année d’activité dans le base-ball américain, dans
un entretien qu’il a accordé, Ichiro, interrogé sur le succès qu’il a
enregisté, succès qui dépassait de beaucoup la prévision la plus optimiste, a
répondu, d’un air naturel, qu’il avait tout fait pour obtenir ce résultat. Il a
expliqué que, depuis qu’il avait envisagé de jouer dans le base-ball américain,
il s’était mis à faire des entraînements avec la balle utilisée à l’autre rive
du Pacifique. Ce propos a suscité en moi des murmures d’admiration. Et
lorsqu’il a réussi 200 bons coups de bâton, - il s’agit de son objectif de
toujours, il a dit que les 201 coups seraient encore mieux. Ce propos conduit à
penser que, dans chaque phase de sa vie sportive, Ichiro se fixe un objectif,
qu’il fait tout ce qui est nécessaire pour l’atteindre et qu’il l’atteint. Ce
qui est surprenant, c’est que Ichiro trouve qu’il est naturel de réaliser son
objectif. Dans son cas, sa satisfaction ne vient que lorsqu’il a dépassé son
objectif initialement fixé. De
nos jours, on entend souvent parler du « sentiment
d’accomplissement ». Il se trouve que Ichiro va au-delà. Ce qu’il dit et
ce qu’il fait est réellement extraordinaire. Et son air si naturel! En tout
cas, Ichiro nous encourage à faire effort pour réaliser nos rêves.
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