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Le journal du grand Maître de thé Sôjitsu Kobori treizième Maître de l’Ecole Enshû
Sadô L’émotion
et les larmes Fin d’été, l’archipel était enfiévré par
les belles performances des athlètes japonais qui participaient aux Jeux
olympiques. L’enthousiasme était énorme d’autant que chaque journée apportait
son lot de médailles. Passionné du sport, j’ai eu un sommeil bref pendant la
période des Jeux (Le décalage horaire faisait que les épreuves majeures se
déroulaient en pleine nuit à l’heure japonaise). J’étais
ému des prouesses de toutes ces Japonaises et tous ces Japonais qui ont obtenu
des médailles d’or, d’argent et de bronze en judo, en natation, en gymnastique,
en athlétisme ou en d’autres genres sportifs. Mais il y a une chose que j’ai
trouvé regrettable, -d’ailleurs, je l’avais déjà remarqué lors des Jeux
précédents-, c’est le geste de victoire des judoka japonais. Je suis d’accord
pour qu’on fasse ce geste en d’autres sports, mais pas en judo. Dans
ce sport, on ne cherche pas seulement la victoire. Aussi bien pour le gagnant
que pour le perdant, le processus de lutte est extrêmement important. La joie que le gagnant ressent
doit être contenue en témoignage de respect pour
le perdant. Le match ne sera terminé que, lorsque les deux lutteurs auront arrangé
leurs tenues et qu’ils se seront inclinés l’un devant l’autre : le match
commence par la salutation et finit par celle-ci. Je souhaite vivement que les
judoka japonais n’oublient pas cet esprit. Cela
dit, j’ai remarqué chez les athlètes japonais ayant montré de belle
performances à commencer par le nageur Kitajima la confiance en soi qui devait
effaroucher leurs adversaires et qui manquait à leurs aînés. On peut dire que les Japonais ont changé. Dans
ces Jeux olympiques, ce qui m’a enthousiasmé le plus, c’était l’obtention d’une
médaille d’or par les gymnastes japonais aux épreuves masculines par équipes.
La médaille d’or était en jeu à la dernière épreuve de barre fixe. Le
commentateur de la télévision japonaise affirmait : « On l’aura. »
Tout en pensant comme ce commentateur, je sentais mon coeur palpiter d’espoir
et d’inquiétude. Lorsque le gymnaste Tomita a fait une réception irreprochable,
le speaker et le commentateur parlaient avec des larmes dans la voix. Moi-même, je ne pouvais pas m’empêcher de verser de grosses larmes. Ce jour, j’ai
revu plusieurs fois cette image victorieuse et, chaque fois, j’étais ému
jusqu’aux larmes. Même avec le temps,
l’émotion que j’ai ressentie à ce moment-là reste vive en moi. Je pense que
beaucoup de mes compatriotes choisiront la réception de Tomita comme le moment
le plus passionnant des Jeux. Pourquoi cette émotion ? Il
fut un temp où la gymnastique japonaise remportait victoire sur victoire. Elle
régnait dans le monde. Et nous nous souvenons bien de cette période. Mais
depuis vingt ans, la situation s’est renversée. Le déclin de nos gymnastes
était on ne peut plus décevant. Nous nous demandions pourquoi et le temps
passait sans qu’il apporte une solution au problème. L’enthousiame qu’ont
provoqué dans l’archipel les performances de nos gymnastes aux Jeux olympiques
d’Athène était à la mesure de la longue période de déception. Les
premiers Jeux que j’ai vus étaient ceux de Tokyo. J’avais sept ans. J’ai encore
quelques morceux d’images de cette manifestation sportive dans la mémoire. Les
performances des gymnastes japonais aux Jeux de Tokyo revenaient à mon esprit
comme un lointain écho. Les choses qu’on voit dans son enfance sont si
importantes! Il
en va de même pour l’esprit Sâdo et l’âme japonaise : nous devons prendre soin de familiariser nos enfants
avec ces traditions. Celle-ci méritent d’être transmises. |