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    Le journal du Grand Maître de thé Sôjitsu Kobori

treizième Maître de l’Ecole Enshû Sadô

 

 

Le volubilis

 

 

              Cet été, il faisait particulièrement chaud au Japon. Notamment à Tokyo, la température frôlait souvent la barre des quarante degrés. Dans le trotoire, elle était supérieure de beaucoup à ce degré en raison des goudrons surchauffés. De nombreuses personnes étaient frappée d’un coup de soleil. Je me suis déplacé en juillet et en août dans des villes généralement très chaudes comme Nagoya, kyoto, Nara, Osaka et Fukuoka, mais j’ai eu l’impression qu’il y faisait moins chaud qu’à Tokyo.

              Et la canicule a provoqué des sinistres dans le pays. Les inondations qui ont frappé Niigata et Fukui ont causé beaucoup de victimes et de dégâts matériels. Je saisis cette occasion pour présenter mes sincères condoléances et émets des voeux pour un rapide redressement des régions dévastés.

              En ce qui me concerne, une revue m’a demandé de faire un arrangement floral à base de volubilis pour la cérémonie du thé afin de le photographier. J’ai l’habitude d’aller à la foire des volubilis qui s’ouvre tous les ans du 7 au 9 juillet à Iriya, un quatier populaire de Tokyo. Chaque fois, je m’achète deux ou trois pots et me donne un grand plaîsir à admirer la floraison matinale des volubilis.

              Mais, à la différence des volubilis en pot, photographier un arrangement floral à base de volubilis réalisé pour la cérémonie du thé n’est pas un exercice aussi simple qu’on ne le pense. Car, il s’agit de photographier un seul volubilis qui décore le ‘Tokonoma’(renfoncement pratiqué dans une salle de réception, légèrement surélevé par rapport aux tatamis, et destiné à recevoir des objets décoratifs). Les pétales de cette fleur sont très fins, si bien qu’un petit rien du tout, comme la production d’un léger courant d’air ou le contact entre eux-mêmes ou avec des feuilles altère le volubilis. Et il arrive que cette fleur se trouve abîmée à l’état embryonnaire, ou que, fleurie, elle ait un de ses pétales incomplet. C’est ainsi que je pensais m’acheter cette année un peu plus de pots que d’habitude. Et comme par hasard, mon père m’a dit à la fin de juin qu’il souhaitait organiser une cérémonie du thé matinale. Je me suis dit : ‘Le fleuron d’une cérémonie matinale est forcément le volubilis’. Finalement, pour ces deux manifestations, je me suis acheté huit pots.

              A l’approche de la cérémonie du thé matinale, l’état des volubilis me préoccupait : la progression des lierres, la forme des feuilles et, bien sûr, la beauté des fleurs elles-mêmes. S’agrandissait alors en moi le souci de montrer aux invités un volubilis de qualité lors de la cérémonie.

              Quelques jours avant celle-ci, au petit matin, l’alarme du système de sécurité de notre maison a sonné. A peine réveillé, je fait le tour de la maison. Et je trouve des traces d’intrusion. Je m’approche du salon de thé. Celui-ci est allumé et les volets sont ouverts. J’entrevois une ombre humaine. Je crie : ‘Qui c’est ?’. Et je trouve mon père. Celui-ci me répond comme si rien n’était : ‘Il fait encore sombre à cette heure-ci. Les volubilis ne sont pas encore ouverts’. J’ai regardé l’heure. Il était quatre heures.

              Les voeux de mon père sont réalisés. Un manifique volubilis accueillait les invités pendant quelques jours. La cérémonie matinale achevée, le lendemain, la séance de photo. Celle-ci s’est déroulée heureusement sans problèmes. Curieusement, le lendemain de cette séance de photo, les pots n’ont plus de boutons, donc plus de fleurs. Je n’ai fait qu’admirer l’opiniâtreté de ce grand Maître de thé qu’est mon père.

 

 


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