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Le journal du Maître de thé par Fuden-an Sojitsu Repousser les diables Au
mois de mars, avec les approches du printemps, nous nous sentons plus légers et
nos gestes deviennent plus dynamiques. Parfois, nous enlevons notre manteau et
mettons un vêtement plus léger sentant le printemps. Ainsi, les Japonais sont
très sensibles aux changements de saisons. Nous sommes un peuple dont l’esprit
et le corps vivent en harmonie avec la nature. Chaque
année, le 3 février au soir, les Japonais procèdent à un rituel qui célèbre le
passage de l’hiver au printemps. Pour souhaiter le bonheur pour la nouvelle
saison et pour chasser le malheur,
ils lancent des poignées de soja au dehors et à l’intérieur de la maison en
criant : « les diables dehors et le bonheur chez nous ».
C’est ce que nous appelons ‘mamé maki’ Donc,
le 3 février dernier, nous avons fait ce rituel chez moi. Mais il faut
reconnaître que cette tradition commence à se perdre. En effet, nous n’avons
pas entendu de cris dans notre voisinage. Je
me souviens que, quand j’étais petit, mon père et ma mère lancaient des
poignées de soja en criant fort, qu’ils invitaient mes frères et moi à faire de
même, mais que notre timidité d’enfance ne nous a pas permis de crier aussi
fort. Aujourd’hui,
notre famille est au nombre de sept avec mes enfants et le ‘mamé maki’ est plus
bruyant que quand j’était petit. Mes enfants s’amusent à disperser partout des
grains de soja et se font réprimender tendrement par leur grand-mère, soucieuse
du ballayage des pièces. Après
la lancée de soja, chacun ramasse un nombre de grains correspondant à son âge.
On les enveloppe dans du papier et les introduit entre les vêtements et le
corps. Il s’agit d’un rituel destiné à chasser les dangers, dit-on. Et le
lendemain matin, il faut cacher ces grains de soja en lieu sûr. Enfin, toujours
après la lancée de soja, on prend le même nombre de grains, non pas parmi ceux
qui sont dispersées dans la maison, mais parmi ceux qui restent dans le
récipient et les mangent. Avec l’âge, cela devient un peu difficile et je m’en
tiens à plusieurs... Voilà
une des traditions que nous préservons chez nous. Il me semble important que
chaque famille reste soucieuse de transmettre ses propres traditions de
génération en génération.
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